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"De l'enfant nu qui mange de la terre
dans une vieille ferme de Holguin à l'exilé cubain qui, à quarante-sept
ans, malade, se donne la mort à New York, l'existence de Reinaldo
Arenas est guidée par l'anticonformisme viscéral de qui a osé prendre
tous les risques.
Vibrant témoignage sur les exactions de la dictature castriste, Avant
la Nuit et une oeuvre littéraire à part entière composée avec fureur et
poésie. Elle est traversée de ses principaux thèmes de
prédilection : une recherche éperdue de beauté, encore la une,
toujours la mer, et une sexualité débridée comme manifestation absolue
de liberté et , da ns son cas, de résistance.
Porté à l'écran par Julian Schnabel, Avant la nuit a obtenu le grand
prix spécial du jury 2000 à la Mostra de Venise."
"L'hiver 1987, j'ai cru que j'allais
mourir. Depuis des mois, j'avais de terribles poussées de fièvre. J'ai
consulté un médecin. Diagnostic : sida. Comme mon état
empirait, j'ai pris un billet pour Miami, décidé à mourir au bord de la
mer. Pas vraiement à Miami, mais à la plage. Cependant, comme sous
l'effet d'une bureaucratie diabolique, tout ce que l'on désire tarde à
s'accomplir, même la mort.
Je ne prétendrai pas, à vrai dire, que je souhaitais mourir, mais
j'estime que lorsqu'il n'y a plus d'autre choix que la souffrance et
une douleur sans espoir, la mort est mille fois préférable. En outre,
quelques mois auparavant, j'étais allé dans une pissotière, et
l'impression d'expectative complice si familière ne s'était pas
produite."

"En trois récits flamboyants et sulfureux, Reinaldo Arenas propose un voyage hallucinogène vers la face obscure d'une Havane magique, défigurée par l'enfer carcéral et la désillusion.
Qu'ils racontent les déconvenues d'un couple tragicomique qui sublime son existence par la création de tenues excentriques, les agissements d'une furieuse nymphomane qui possède le sourire énigmatique dans l'île aux seules fins de s'assurer qu'il n'y a pas de retour possible, ces récits ne donnent pas à déchiffrer une anecdote commune. Ils unissent, par le jeu des singes, des mythes et des circonstances, des personnages contraints à réaliser un étrange parcours vers le seul lieu où se trouve leur véritable identité."
"La première larme que j'ai versée est tombée sur les mailles de mon point de crochet à quatre aiguilles. Mais j'ai continué à tricoter comme si de rien n'était. Maintenant, les mains trempées, je réalise pour de bon que c'est pour toi que je pleure. Pour toi, Ricardo (jai encore du mal à t'appeler ainsi). Et puis ma figure doit être barbouillée de noir à cause de ce fil chinis impossible, mais on n'en trouve pas d'autre. Je commence à me calmer. J'entame le dernier liseré de la jupe. Les finitions. J'attaque le point à quatre mèches et les noeuds français ; c'est le plus difficile, mais j'arrive au bout de mon tricot. Ensuite viendra la dernière touche, le stoppage et l'ultime passepoil à la lame de rasoir (rouillée). Tout sera prêt alors. Voyons, voyons. Cependant, je pense à toi sans cesse. C'est plus fort que moi, hélas, Ricardo.... "
Reinaldo Arenas est né à Holguin, Cuba, le 16 juillet 1943.
Abandonné par son père, le petit Reinaldo grandit ainsi dans une
famille paysanne pauvre, sa mère s'étant réfugiée chez ses parents.
À 13 ans, le jeune Reinaldo montre déjà des talents d'écrivain, de
poète. Il s'engage alors auprès des révolutionnaires castristes pour
les aider à triompher du dictateur Batista.
La révolution achevée, il étudie à l'université de La Havane puis
travaille pour la Bibliothèque NationaleJosé Marti .
Il doit alors tout au régime castriste, qui lui a offert l'éducation et
un travail. Il rêve d'embrasser une carrière d'écrivain. Le jeune homme
paraît sur la bonne voie. Son premier roman Celestino antes
de alba ( Les chants du puits )
s'est distingué au concours national d'écriture. Il se satisfait
d'autant mieux du régime qu'il peut profiter pleinement d'une grande
liberté sexuelle, et vivre librement son homosexualité.
Le pouvoir veut bientôt reprendre en main les Cubains. La révolution
culturelle de l'île caribéenne prend une facette plus dure. Les
écrivains doivent censurer leurs écrits, les homosexuels sont
considérés comme déviants . Arenas commence à
subir les persécutions des autorités, mais il continue d'écrire et de
vivre sa sexualité comme il l'entend afin de pouvoir demeurer libre. Il
ne peut plus faire paraître ses œuvres sur l'île mais parvient à les
envoyer illégalement à l'étranger. Le peintre cubain Jorge Camacho,
exilé en France, l'aide à faire paraître ses livres dans le reste du
monde.
Ses critiques contre le pouvoir et son homosexualité lui valent de
connaître la prison et les camps de réhabilitation par le travail. Cela
ne l'empêchera jamais d'écrire. Tous les moyens sont bons pour
transmettre ses écrits. En prison, il fera par exemple appel aux
rectums de visiteurs. Il quitte l'île en 1980, au cours de l'exode de
Mariel, en compagnie de milliers de dits "rebuts de la société
expulsés par le régime cubain. En 1987, Arenas apprit qu'il
était atteint du sida. Après avoir lutté contre la maladie, il finit
par prendre alcool et médicaments et mit fin à ses jours le 7 décembre
1990. Il écrivit une lettre destinée à être publiée :
« En raison de mon état de santé et de la terrible dépression qu'elle me cause du fait de mon incapacité à continuer à écrire et lutter pour la liberté de Cuba, je mets fin à ma vie . . . je veux encourager le peuple Cubain dans l'île comme à l'extérieur, à continuer le combat pour la liberté. . . . Cuba sera libérée. Je le suis déjà. »