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"« Descendons, il fait un
froid glacial tout à coup. »
Il me prend par la main, la mienne
est vraiment minuscule dans la sienne, et éclaire le chemin avec sa
lampe de poche. Nous marchons les yeux baissés, en faisant attention où
nous posons nos pas. Je ne pense qu'à cette main refermée sur la
mienne. Ses doigts longs et fins, des mains raffinées et sensibles
d'intellectuel, d'artiste. Mais la peau est tannée, râpée, épaisse,
façonnée par la guerre et le maquis. Des mains d'homme, chaudes,
fortes, indépendantes. Nous arrivons dans la partie du camp où se
trouve la cabane que je partage avec Dolorès. Il s'arrête à l'entrée,
se penche vers moi et demande très doucement : « je
peux entrer ? »
- Je vous en prie, commandant. »
Ma voix est à peine un murmure. Il sourit :
« Appelle-moi Fidel. » »
Eté 1998. Une vieille dame cubaine, très distinguée, invite le
narrateur à dîner dans son immense appartement des quartiers chics de
Madrid. Elle a une histoire à lui raconter, il l'écoutera toute la
nuit, fasciné. Histoire vraie, récit inventé ? Nul ne sait.
Aujourd'hui cette femme est morte. Reste le roman de sa passion
secrète, aussi brève que fulgurante, avec le jeune révolutionnaire
Fidel Castro avant qu'il ne conquière le pouvoir… »"
"Madrid, 1998. Un soir d'été.
Le crépuscule est tombé sur la ville, des éclats de voix, des klaxons,
des rires nous parviennent assourdis. Dans la pénonbre qui s'étend sur
la pièce, elle est assise, son beau visage vieilli dénué d'artifices
légèrement penché sur l'épaule, les yeux perdus vers un lointain passé.
" Je suis incapable d'écrire cette histoire qui a boulerversé ma vie.
La raison en est simple : c'est un secret que je n'ai voulu partager
avec personne. Mon secret. Je me suis habituée à vivre avec, à le
porter en moi, toutes ces années durant. Il a été ma richesse autant
que mon calvaire. Ainsi, je peux revivre chaque instant avec une
extrême précision. Ressentir douleur et joie avec la même intensité,
connaître à nouveau ces moments ... "

"Le jour où je suis né, la
terre a
tremblé à Santiago de Cuba. C'est du moins ce que soutenait ma mère.
Fallait-il la croire ? Le fait est que j'eus droit, au cours de ma
petite enfance, à diverses versions de cette naissance héroïque...".
Ainsi commencent ces Années Cuba, texte inclassable qui pourrait être
l'autobiographie d'Eduardo Manet. Tout y est vrai, mais tout semble
légendaire, tant ces pages sont folles et joyeuses...
Un père avocat, d'origine espagnole, qui enlève une adolescente sur son
cheval blanc ; une nourrice haïtienne qui rassure un petit Eduardo en
le serrant contre ses seins, à la nuit tombée ; des amis catholiques et
marxistes, qui détestent Franco, se disputent, se réconcilient autour
d'un poste à galène ; la passion de l'écriture, qui emporte Eduardo à
quinze ans. Puis le théatre, le cinéma et ... la politique.
"Companero" des révolutionnaires cubains, qu'il suivra dans les
situations les plus improbables, du lycée de La Havane jusqu'à New
York, des théatres militants aux chambres du Ritz, Eduardo Manet nous
offre ici un portrait féroce mais tendre du "marxisme tropical". Par la
suite, il voyagera dans tout le bloc soviétique, dont il révèle la
vitalité morbide et drôle...
Dans la grande tradition sud-américaine, Eduardo Manet se raconte avec
sensualité, exaltation, jusqu'à la France en 1968 - mais c'est une
autre histoire... ."
"Le jour où je suis né la terre a tremblé à Santiago de Cuba. C'est du moins ce que soutenait ma mère. Fallait-il la croire ou pas ? Le fait est que j'eus droit, au cours de ma petite enfance, à diverses versions de cet accident héroïque. tu es né à l'instant précis où le sol s'est mis à tembler, les murs à se fendre, les toitures à s'effondre... Tout commençait à valser dans la maison quand la sage-femme haïtienne qui était venue m'aider à accoucher eut la bonne idée de faire transporter mon lit dans la rue. C'est là que tu es né ! Quelques instant plus tard, ..."
Né à Santiago de Cuba en 1930, Eduardo Manet est français
depuis 1979.
Homme de théâtre et de cinéma, il est aussi romancier.
Prix Goncourt des lycéens pour L'île
du lézard vert en 1992, il a obtenu le Prix Interallié en
1996 pour Rhapsodie cubaine.
- Le Mauresque
Gallimard 1982, Prix Jouvenel de l'Académie Française.
- Zone interdite
Gallimard, 1994.
- L'île du Lézard vert,
Flammarion, 1992, Prix Goncourt des Lycéens.
- Habanera
Flammarion, 1994.
- Rhapsodie cubaine
Grasset, 1996, Prix Interallié.
- D'amour et d'exil
Grasset, 1999, Prix Relais H.
- La sagesse du singe
Grasset, 2001.
- Maestro !
Laffont, 2002, grand Prix Télégramme.
- Mes années Cuba
Grasset, 2004.
- Ma vie de Jésus
Grasset, 2005
- La conquistadora
Laffont, 2006.
- Un français dans l'ouragan cubain
Fayard, 2006.
- Les nonnes
Gaillimard, 1970, Prix Lugné-Poé.
- Eux ou la prise du pouvoir
Gallimard, 1971, production Comédie-Française / Petit Odéon, 1973.
- Le jour où Mary Shelley
rencontra Charlotte Bronté
Gallimard, 1971, production Comédie-Française / Petit Odéon, 1973.
- Holocaustum ou le borgne
Gallimard, 1972, Théâtre de l'Athénée, 1971.
- Un balcon sur les Andes, Mendoza
en Argentine, Ma' Déa
Gallimard, 1985, coproduction Nouveau Théâtre de Nice / Grand Théâtre
de l'Odéon.
- Histoire de Maheu le boucher
Actes Sud, 1986, Prix Avignon Off, 1987.
- Monsieur Lovestar et son voisin
de palier
Actes-Sud, 1996, Comédie de Genève, 1996.
- Lady Strass, pièce
en trois volets, Avant-scène, 1977, version anglaise UBU Théâtre de New
York, octobre-décembre 1996.
- Viva Verdi
Actes-Sud, 1998, création mondiale en 2004, Fontainebleau.
- Raconte-moi Rachel,
projet de création 2004-2005.
...
- Cécilia
Livret d'Eduardo Manet, musique de Charles Chaynes, Opéra de
Monte-Carlo, mai 2000, Théâtre de l'Opéra de Nancy et de Liège, 2001.
- Mi Amor
Livret d'Eduardo Manet, musique de Charles Chaynes, création 2004-2005